Whirlwind sur Saint-Mathieu

Le secteur du Roadstead 57

La zone côtière couverte par le Roadstead 57 est représentée ici sur la Feuille N.W. 46⅓/5½ Brest (édition de 1942) de la série G.S.G.S. 4072 au 1:500 000, couramment employée par les aviateurs de la R.A.F. [site Mapster]. On y situe notamment le chenal du Four, entre le continent et l'archipel de Molène. Elle nous fait aussi mesurer l'importance des phares (marqués par une étoile) et des balises pour éviter aux marins de se perdre sur les îlots, écueils et hauts-fonds qui parsèment les eaux bretonnes. Le feu mentionné au sud-ouest de Saint-Mathieu, juste au-dessus des lettres "St.", est celui de la tourelle des Vieux-Moines, construite à moins d'un kilomètre de la côte.

Dans le Whirlwind de tête, Philip Harvey venait de comprendre son erreur lorsque deux bateaux apparurent au loin devant la pointe Saint-Mathieu. Une structure oblique massive surmontait le pont du plus grand, identifié comme une drague de 800 tonneaux. Le second était un minuscule vapeur à un mile (1,5 km) au sud-ouest. Tous deux faisaient route à 5 ou 6 nœuds en direction de la rade de Brest, donc perpendiculairement au vol des chasseurs-bombardiers qui arrivaient du nord. Par radio, Harvey ordonna au Sergeant Macaulay de s'occuper du vapeur, tandis qu'il attaquait la drague, suivi des trois autres Whirlibombers. L'escorte de Spitfire[1] prit du champ tout en gardant l'œil sur ses protégés. Les cinq pilotes du 263 avaient allumé leur collimateur, armé les bombes et retiré la sécurité des canons. Il était 16h09. Déboulant le premier sur la drague, Harvey tira une longue rafale de quelques 180 obus de 20 mm[2]. Des gerbes blanches jaillirent dans sa ligne de visée, mais aucune trace de coup au but. Il largua ses deux bombes et sauta le navire à hauteur des mats. Personne ne vit le point de chute des projectiles dans l'eau qui bouillonnait. Déjà le Whirlwind du Sergeant Thyagarajan (Rouge 2) avait survolé le bateau. Ses bombes explosèrent à la proue du côté gauche[3]. La Section Jaune suivait avec un petit intervalle qui permit au Pilot Officer Abrams (Jaune 1) d'ajuster un tir canon d'environ une seconde[4]. Il ne put observer les dégâts causés par les obus et termina son assaut sans bombarder. Le dernier Whirlwind, celui du Sergeant James Simpson (Jaune 2), planta alors ses deux bombes de 250 livres en plein milieu du malheureux navire, dans le flanc gauche de la coque. Continuant vers le sud, les chasseurs-bombardiers laissèrent derrière eux la drague qui brûlait furieusement[5].

Non loin de là, le Sergeant John Macaulay (Rouge 3) était en difficulté. Accompagné d'une section de Spitfire, il avait canonné, puis bombardé le deuxième bateau. Les effets de son attaque solitaire, prononcée une minute après celle de la drague, ne sont pas connus. Les appareils détachés forçaient l'allure pour rallier le groupe principal lorsqu'il appela à la radio :

I am going down now, I am going to land[6].

Le Squadron Leader Storrar (chef de l'escorte) fut un des rares à entendre le message. Il comprit que Macaulay avait un problème de moteur et allait tenter un atterrissage de fortune sur la presqu'île de Crozon. Le Whirlwind avait peut-être touché l'eau ou heurté le vapeur, peut-être fut-il endommagé par un éclat de bombe ou un débris arraché au navire. Quelle qu'en soit la cause, il quitta la formation et les Spitfire le perdirent de vue tandis qu'ils reprenaient position autour des chasseurs-bombardiers.

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[1] Ils durent larguer leurs réservoirs supplémentaires à ce moment ou peu avant.

[2] Soit un peu plus de 4 secondes de feu.

[3] Les bombes employées lors des attaques en vol rasant étaient munies d'une fusée à retard (ici de 3 secondes) pour laisser l'avion lanceur prendre de la distance avant l'explosion.

[4] 40 obus.

[5] Au retour, des pilotes firent état de traceuses tirées du navire. C'est cependant très improbable compte tenu de son identité (voir plus loin).

[6] "Je suis en train de perdre de l'altitude, je vais me poser".