Nuit du 14 au 15 avril 1943,
Bombardement de Stuttgart, entre 0h45 et 1h25

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, le Royaume-Uni déploie un effort hors du commun pour affaiblir le potentiel de l'Allemagne par le bombardement aérien. A cet effet, l'industrie produit des dizaines de milliers d'avions, dont de nombreux quadrimoteurs, et plus d'un million de tonnes de bombes ; les laboratoires inventent de nouveaux dispositifs électroniques ; des pétroliers en convois importent des flots d'essence… Surtout, on mobilise la fine fleur de la jeunesse du Commonwealth, qu'il faut former et entraîner des mois durant. Au final, les bombes alliées ravagent la machine nazie, faisant plus de 500 000 morts – civils pour la plupart – dans les pays ennemis ou occupés, mais le seul Bomber Command britannique perd plus de 10 000 avions et compte 57 000 aviateurs tués.

Stuttgart en Europe

Stuttgart (carte SHAEF No. 105 AB au 1:1 000 000 – Southern Germany & Austria, mai 1945) [site Mapster]) et l'Europe occidentale [https://d-maps.com/].

Début 1943, le Royaume-Uni dispose avec le Bomber Command[1] d'une force de bombardement stratégique sans égale. Pour puissante qu'elle soit, elle ne peut opérer face à la Luftwaffe que sous le couvert de la nuit. Néanmoins, après les errements des années 1939-41 et les expérimentations de 1942, la R.A.F. se sent de taille à lancer sa bomber offensive, l'offensive des bombardiers, qui doit mettre le Troisième Reich à genou, sans même un débarquement en Europe. Depuis environ un an, le Bomber Command est dirigé par un chef déterminé à "s'attaquer au moral des Allemands" par le bombardement des villes. Non seulement, ses unités alignent désormais des équipages et des avions en nombre suffisant, mais elles maîtrisent aussi les équipements, les aides électroniques et les tactiques nécessaires aux opérations de nuit. Autre facteur, l'approche du printemps fait espérer des conditions météorologiques de plus en plus favorables.

L'offensive, d'un genre totalement nouveau, commence en mars 1943 et va se décomposer en trois phases inégales :

  • la bataille de la Ruhr de mars à juillet 1943, une série d'attaques visant pour l'essentiel les villes du premier bassin industriel allemand, dont les résultats confortent les espoirs des aviateurs ;
  • la bataille de Hambourg en juillet-août 1943, où la victoire des bombardiers semble à portée de main[2] ;
  • la bataille de Berlin entre août 1943 et mars 1944, qui décime les équipages du Bomber Command et ramène les stratèges britanniques aux dures réalités : il faudra affronter l'armée allemande sur terre dans l'ouest de l'Europe.

Malgré le nom qu'on lui a donné, la bataille de la Ruhr alterne les bombardements des centres industriels proches de la frontière néerlandaise et des opérations sur d'autres objectifs dictées par des impératifs stratégiques (comme de maintenir la pression sur l'Italie fasciste), des considérations tactiques (éviter que la défense ne dégarnisse certains secteurs au profit de la Ruhr) ou par les caprices de la météo. Le 14 avril 1943, la cible est Stuttgart, dans le sud-ouest de l'Allemagne.

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[1] Commandement des bombardiers.

[2] L'histoire officielle britannique publiée en 1961 (The Strategic Air Offensive against Germany 1939-1945 par Sir Charles Webster et Noble Frankland) prolonge la bataille de Hambourg jusqu'en novembre 1943. Le phasage qui en résulte est plus équilibré sur le plan chronologique. A mon sens, il a le défaut de moins bien traduire la dynamique des opérations : une montée en puissance progressive, menant à une courte période de succès spectaculaires, suivie par une lente descente aux enfers.