Mises en route

Spitfire IX BS319 DN-B du No. 416 Sqdn., avril ou mai 1943

Le dispersal du 'A' Flight, No. 416 (R.C.A.F.) Squadron, sur la périphérie est du terrain de Kenley en avril ou mai 1943 [photo Library and Archives Canada, via The Spitfire Site].
L'appareil au premier plan est le Spitfire IX BS319 DN-B que pilote le Squadron Leader Russel lors du Rodeo 203. Derrière, à droite du DN-G, on distingue un réservoir largable de 30 gallons posé dans l'herbe, en attente de montage. Le dispersal d'un autre flight de Spitfire est visible au loin, du côté opposé de la piste.

L'histoire du BS319 se résume comme suit :

  • assemblé par Supermarine dans ses ateliers de Chattis Hill, équipé d'un moteur Rolls-Royce Merlin 61 ;
  • 1er vol le 22 septembre 1942 ;
  • affecté au No. 611 Sqdn. à Biggin Hill le 25 septembre 1942 ;
  • envoyé le 17 janvier 1943 chez Air Service Training, sans doute pour le montage d'un Merlin 63 ;
  • ré-affecté au No. 416 Sqdn. à Kenley le 2 avril 1943, codé DN-B ;
  • transféré le 20 mai 1943 au No. 421 Sqdn. qui relève le 416 à Kenley ;
  • abattu près de Saint-Omer lors d'un combat contre des Fw 190 le 17 juin 1943 ; son pilote, le F/O. J. E. McNamara, est tué.

Au sortir du briefing, les navigants gagnent leurs dispersals[1] et rassemblent cartes et équipements de vol, tandis que les équipes techniques s'affairent autour des avions. Elles ont complété les pleins de carburant, contrôlé les bouteilles d'oxygène, les chargeurs ou les bandes d'obus de 20 mm[2] et les caissons à munitions de .303 pouce. Un dernier coup de chiffon sur le pare-brise et la verrière, qui doivent être immaculés! Les pilotes se glissent dans les étroits cockpits et se brêlent, assistés par leur mécanicien[3]. Ils enfilent leur casque de vol en cuir brun, ajustent le masque qui pend du côté gauche, puis connectent la prise radio et le tube d'oxygène. Odeurs mélangées d'essence à 100 d'octane, d'huile et d'enduit. Palonnier à fond à droite, puis à gauche ; manche en butée contre la cuisse, sur le tableau de bord et en arrière ; OK pour les commandes de vol! Vérification de la position des manettes, leviers et volants… on ferme la petite porte latérale… Durant quelques instants, un calme tendu recouvre l'aérodrome. Les secondes s'égrènent ; hommes et machines sont prêts. Les regards sont braqués sur l'appareil du leader. Les pales commencent à tourner, le moteur hoquète, dégage une bouffée de fumée bleue ; puis le fracas se mue en un vrombissement puissant et régulier. La mise en route libère les aviateurs qui s'abandonnent dans une procédure maintes fois répétée. De tous côtés, les moteurs s'emballent et le grondement des Spitfire inonde le terrain balayé par le vent des hélices. Thumbs up! Pouce vers le ciel! Les groupes de parc[4] sont débranchés, on retire les cales ; tête nue ou la main sur le calot, les rampants s'abritent comme ils peuvent. Des avions se mettent en mouvement ; les pilotes lâchent les freins et ouvrent un peu les gaz. Ils ont levé leur siège au maximum et s'efforcent de repérer les obstacles sur leur chemin. Une section roule à bonne allure en direction de la piste.

Spitfire VB AB898 DB-S du No. 411 Sqdn., juillet 1943

En avril 1943, le Spitfire VB AB898 DB-S "Dorothy V" faisait partie du No. 411 (R.C.A.F.) Squadron où il était la monture du Flying Officer R. W. Orr. Ni le pilote (sans doute en permission début avril), ni son avion (pris en compte le 17 avril), n'ont participé au Rodeo 203.
L'appareil est vu à Redhill en juillet 1943 après avoir reçu fin mai / début juin un moteur plus performant à basse altitude et des plans d'aile raccourcis (invisibles sur cette photo) qui en font un Spitfire L.F. VB. Un groupe de parc derrière l'avion est branché sur la prise du côté droit du nez.
[R. W. Orr, via 411 City of North York Squadron History.]

Il ne faut pas traîner car, au sol, le moteur du Spitfire a une fâcheuse tendance à chauffer. Comme de plus il obstrue la vision vers l'avant, les pilotes jouent du palonnier pour balancer le nez de leur machine de droite et de gauche, et ne pas perdre de vue l'appareil qui précède.

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[1] Pour les rendre moins vulnérables aux attaques aériennes, les appareils sont dispersés en périphérie du terrain. Chaque flight dispose d'un baraquement destiné aux pilotes d'alerte et aux mécaniciens. Tout autour, des alvéoles abritant un ou deux avions se répartissent le long des bandes de roulement. Elles sont entourées de remblais, de murs pare-éclats ou simplement de sacs de terre. L'ensemble constitue le dispersal de l'escadrille.

[2] Tous les Spitfire du Rodeo 203 sont armés de 2 canons de 20 mm et 4 mitrailleuses de 0,303 pouce (7,7 mm). Un chargeur de 60 coups (6 secondes de tir) approvisionne les canons des Mk. VB ; sur les Mk. VC et les Mk. IX, l'alimentation de ces armes est assurée par une bande de 120 obus logée dans un coffre d'aile.

[3] Le Canadien Hugh Godefroy, qui se prépare à conduire la Section Jaune du 403, écrira plus tard : "Une portière du côté gauche se rabattait vers le bas pour permettre l'accès au cockpit. Avec le siège en position haute et la portière verrouillée, mes épaules touchaient les deux parois du cockpit, et je devais baisser le siège pour pouvoir fermer la verrière de plexiglas." [Lucky 13, Canada's Wings, 1983.]

[4] Générateur électrique externe qui soulage la batterie d'un avion au moment du démarrage.