14 avril 1943,
Ramrod 55 Repeat, Tricqueville, vers 16h00

Avec l'annulation de la mission des Fortress américaines prévue le matin, le No. 11 Group se trouve un peu désœuvré. Son Air Officer Commanding en profite pour remettre sur la table deux opérations de chasseurs-bombardiers tentées sans succès six jours plus tôt :

  • le No. 11 Group Ramrod 50 visant la gare de triage de Bruges ;
  • le No. 11 Group Ramrod 55 contre l'aérodrome de Tricqueville, au sud-est du Havre.

Le Ramrod 55 Repeat engage 8 chasseurs-bombardiers Typhoon du No. 181 Squadron de Lasham[1], escortés par 9 Typhoon IB du No. 197 Squadron de Tangmere. La formation, qui doit survoler la France à moyenne altitude, sera couverte par un Fighter Echelon composé de deux escadrons de Spitfire IX de la Wing polonaise de Northolt, opérant indépendamment et beaucoup plus haut.

Les pilotes de Lasham se posent à Tangmere en milieu de journée ; on y complète les pleins d'essence avant que les appareils ne redécollent pour Tricqueville. Sans dépasser 500 pieds (150 m), les deux unités de Typhoon se retrouvent à 15h30 au-dessus de Selsey Bill, puis prennent un cap sud, au ras de la mer. Leur route passe à l'ouest du Havre et de sa redoutable Flak. Peu avant la côte normande, il faudra tourner à gauche et grimper aux environs de 10000 pieds (3000 m) pour sauter les défenses côtières et donner aux Bomphoons la hauteur nécessaire à une attaque en piqué[2]. Une telle tactique requiert une météo favorable pour repérer l'objectif et le garder en visuel durant les phases d'approche et d'attaque. Mais, lors de la traversée de la Manche, les avions rencontrent une brume qui s'épaissit, limitant la visibilité à 3 ou 4 miles (5 à 6 km). A 12 miles (19 km) au nord de l'embouchure de l'Orne, le Squadron Leader D. Crowley-Milling, D.F.C., patron du 181, ordonne de faire demi-tour et les Typhoon virent vers l'Angleterre.

Auparavant, 20 Spitfire IX des Nos. 315 et 316 (Polish) Squadrons ont décollé de Northolt à 15h20. Volant à moins de 500 pieds, ils franchissent la côte anglaise à Shoreham à 15h40 et continuent sur la Manche au niveau de la mer pendant 10 miles (15 km), puis gagnent rapidement de l'altitude. Passé 14000 pieds (4250 m), le ciel est limpide avec seulement une fine couche nuageuse à 20000 pieds (6000 m). Les chasseurs ont atteint 18000 pieds (5500 m), 10 miles devant le cap d'Antifer, lorsque le contrôle au sol les détourne vers l'ouest où des avions hostiles ont été détectés. Les pilotes polonais scrutent le ciel sans rien apercevoir et, après quelques instants, le sol annonce que les ennemis sont hors d'atteinte. La Wing reprend alors sa route initiale pour pénétrer au-dessus de la France entre Antifer et Le Havre, et pousser jusque Tricqueville. Le chemin du retour amène les Spitfire à 12000 pieds (3500 m) au large de Boulogne ; ils sont ensuite guidés vers Northolt. L'atterrissage s'avère un tantinet mouvementé puisqu'un Spitfire du No. 316 Sqdn. éclate un pneu et subit des dommages, sans mal pour son pilote.

Si les stations R.D.F. depuis l'Angleterre ont détecté 19 appareils ennemis dans le secteur Dieppe – Cherbourg durant l'opération, ce Ramrod 55 Repeat se solde par un bilan nul : aucune bombe larguée, aucun contact avec la Luftwaffe et, heureusement, pas de perte!

JT, 24/3/15

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Sources
  • Fighter Command – Report on Active Operations – Sunrise to Sunset, 14th April, 1943, TNA AIR 24/577.
  • O.R.B., No. 11 Group, TNA AIR 25/194.
  • No.11 Group Report on Ramrod No.55 (Repeat), TNA AIR 25/205.
  • O.R.B., No. 181 Sqdn., TNA AIR 27/1134.

 

 

[1] Le 181 appartient en fait au No. 124 Airfield du No. 83 Group, qui intégrera dans quelques mois la 2nd Tactical Air Force. Au printemps 1943, les unités de ce group combattent sous le contrôle opérationnel des Nos. 10 et 11 Groups.

[2] Voir le No. 11 Group Report on Ramrod No. 55 (Second Repeat) : le lendemain, les Typhoon du No. 181 Squadron bombardent Tricqueville en piqué de 10000 à 5000 pieds.