Préparation des bombardiers

Lancaster 101-J, J-Joe, 4 mai 1943

Lancaster 101-J, J-Joe, 4 mai 1943

Maintenance d'un Lancaster du No. 101 Sqdn. sur la base de Holme-on-Spalding Moor le 4 mai 1943 [photos via Etienne du Plessis].

Au début de l'année, la victoire soviétique de Stalingrad a fait grimper très haut la cote de l'URSS chez les Britanniques. Cela se manifeste jusque dans la décoration des quadrimoteurs du Bomber Command, comme ce Lancaster I serial ED382 qui s'orne d'un portrait de Joseph Staline. L'appareil, baptisé "J for Joe", a alors réalisé 20 opérations qui sont chacune représentées par un drapeau rouge croisé avec l'Union Jack.
Le ED382 a été affecté au No. 101 Sqdn. le 9 décembre 1942 et a reçu le code SR-J. L'O.R.B.[1] de cette unité comporte beaucoup d'erreurs et il est difficile de confirmer le total de 20 sorties antérieurement au 4 mai. Après un baptême du feu sans doute sur Hambourg le 21/22 décembre, J-Joe piloté par le F/Sgt. J. D. Steele participe à l'attaque de Stuttgart le 11/12 mars 1943, puis au raid sur La Spezia du 13/14 avril avec l'équipage du F/O. W. E. Hull. Au soir du 4 mai, Hull subit à son bord une panne de l'extérieur gauche et ne peut continuer vers Dortmund où le 101 va perdre deux Lancaster, quatre autres se crashant au retour.
A l'automne 1943, le No. 101 Sqdn. se spécialise dans le brouillage des communications radio de la chasse de nuit allemande avec le système Airborne Cigar et J-Joe, qui n'en est pas équipé, devient redondant. L'appareil est alors transféré au No. 625 Sqdn. le 13 octobre, puis passe par diverses unités : No. 300 (Polish) Sqdn. le 15 mai 1944, No. 1 Lancaster Finishing School le 1er septembre, No. 1662 H.C.U.[2] le 25 novembre, Bomber Command Instructors School le 19 avril 1945, avant d'être reclassé comme cellule d'instruction en juillet.

 

Wellington polonais, 17 juin 1943

Un Wellington X (le même que sur le logo du site) survole plusieurs de ses semblables du No. 300 (Polish) Sqdn. en cours de maintenance à Hemswell le 17 juin 1943. Inutile de préciser qu'on ne trouvera aucun portrait de Staline sur ces appareils d'un escadron polonais! [Photo IWM CH 10456.]

La Royal Air Force des années 40-45 est une affaire très cosmopolite où se côtoient presque tous les peuples en lutte contre le nazisme. Sur les cinquante escadrons de bombardement nocturne opérationnels en Grande-Bretagne au début d'avril 1943, on compte onze unités canadiennes, trois australiennes, une néo-zélandaise et une polonaise. Plus encore, si le No. 300 (Polish) Sqdn. est homogène pour des raisons de langue, les escadrons R.A.F. et R.C.A.F. accueillent des Australiens et des Néo-Zélandais, tandis que nombre de Britanniques viennent compléter les effectifs des squadrons du Commonwealth. Plusieurs milliers de citoyens US ont par ailleurs rejoint la R.C.A.F. et la R.A.F. intègre aussi des hommes de multiples origines : Brésiliens, Argentins, Indiens, …
Des évadés des pays occupés, dont des Norvégiens et des Belges, ont évidemment repris le combat au sein du Bomber Command. Les Français opèrent de jour avec le No. 342 (Lorraine) Sqdn. du No. 2 Group et viendront au bombardement de nuit en 1944 à la formation des Nos. 346 (Guyenne) et 347 (Tunisie) Sqdns.

 

Halifax bombing-up, No. 76 Sqdn., 3 avril 1943

Linton-on-Ouse, 3 avril 1943 : des armuriers du No. 76 Sqdn. poussent des trains de bombes sous un Halifax II Series 1 (Special). Ils s'apprêtent à charger dans ses soutes 2 bombes de 1000 livres M.C.[3] et 13 S.B.C.[4] destinés à Essen. Cette cargaison est exactement celle que les quadrimoteurs des Nos. 4 et 6 Groups emporteront sur Stuttgart, onze jours plus tard. [Photo IWM CH 9138.]

L'IWM identifie l'appareil photographié ici par le F/O. J. Trievnor comme le W7805 MP-M qui va précisément être abattu dans la nuit du 3/4 avril. L'avant gauche de ce Halifax s'orne de 12 marques d'opération (près de l'aigle de la R.A.F.) ; sa carrière est cependant plus complexe qu'il n'y paraît :

  • construit comme Mk. II Series 1 par Handley Page à Cricklewood et Radlett ;
  • livré au No. 76 Sqdn. à Middleton St. George le 11 août 1942 et codé MP-L ;
  • lors de sa 5e opération (Brême le 13/14 septembre), il est gravement endommagé par un chasseur de nuit ;
  • envoyé en réparation, puis ré-affecté au No. 76 Sqdn. (déplacé entre-temps à Linton-on-Ouse) en décembre 1942 ; il y reçoit cette fois le code MP-M ;
  • participe à 5 opérations, dont une avortée, jusqu'en janvier 1943 ;
  • transformé en Mk. II Series 1 (Special) par English Electric Co. à Preston entre la mi-janvier et la mi-février 1943 ;
  • 9 opérations supplémentaires en février-mars 1943 ;
  • perdu le 3/4 avril 1943 lors d'un raid sur Essen : touché par la Flak, le 76-M s'écrase à Hervest (environ 25 km au nord d'Essen) à 23h32 ; on compte 4 tués et 3 prisonniers parmi l'équipage du Sgt. J. K. Howarth.

Le palmarès affiché sur la photo du 3 avril devrait correspondre aux 13 opérations réussies à ce jour par le MP-M (18 pour le W7805). Peut-être est-ce par superstition que les mécaniciens n'ont pas peint la 13e!

*  *  *

 

 

[1] Operations Record Book : journal de marche.

[2] Les équipages du Bomber Command effectuent leur entraînement opérationnel au sein d'Operational Training Units (O.T.U.) essentiellement équipées de Wellington. Ceux que l'on destine aux escadrons de quadrimoteurs suivent ensuite un stage dans une Heavy Conversion Unit (H.C.U.) où ils intègrent un mécanicien navigant et un mitrailleur supplémentaire, puis se familiarisent aux opérations sur Lancaster, Halifax ou Stirling.

[3] L'arsenal de la R.A.F. distingue différents types de bombes, fonction de leur chargement, de la forme et de l'épaisseur de leur enveloppe : A.P. (Armour Piercing) perforantes dont le corps renforcé pénètre les blindages, G.P. (General Purpose) bombes explosives d'usage général, M.C. (Medium Capacity) contenant une plus grande proportion d'explosif relativement au poids de leur enveloppe, H.C. (High Capacity) où la quantité d'explosif est maximale et le contenant léger, I.B. (Incendiary Bombs) incendiaires. Il faut noter que les bombes H.C. et certaines I.B. ont de mauvaises qualités balistiques qui ne permettent pas un bombardement de précision.

[4] S.B.C. pour Small Bomb Container (conteneur pour petites bombes) où sont conditionnés les projectiles incendiaires de 4 et de 30 livres.